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Vous avez dit Union pour la Méditerranée ?

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Vous avez dit Union pour la Méditerranée (Dernières contributions)

Vous avez dit Union pour la Méditerranée ?

par Ammar Koroghli *

D'aucuns pourraient dire : Voilà un «machin» de plus dans la quincaillerie des idées à l'emporte-pièce qui nous est jeté en pâture. Le projet dit Union pour la Méditerranée (UPM) proposé aux Arabes méditerranéens demeure flou à maints égards à ce jour pour être crédible et emporter l'adhésion, la France étant le maître d'oeuvre de ce projet. Les Arabes n'en sont pas les concepteurs et ne sauraient être, de ce point de vue, qu'un appendice d'une politique opaque. De quoi s'agit-il ? Ce projet viserait à regrouper en un seul ensemble les pays méditerranéens. Or, plusieurs pays européens bordés par la Méditerranée vivent déjà depuis plus d'un demi-siècle un projet concrétisé à plusieurs niveaux, notamment économique et juridique. A quoi leur servirait-il de se projeter dans un autre ensemble ?

Qu'attendre alors de l'UPM ? Ce alors que les pays arabes n'ont pas su s'affranchir de leur sous-développement politique. Le Liban se meurt depuis 1975 dans le confessionnalisme, la Syrie risquerait de se muer mutatis mutandis en dynastie (héritière, il est vrai, de l'expérience de Mouaouya), l'Irak dépecé depuis l'agression ordonnée et coordonnée par l'Administration américaine, la Jordanie et l'Egypte ne constituant plus un obstacle pour la « survie » d'Israël. Il est vrai qu'au sortir de la nuit coloniale (longue pour l'Algérie), nos pays n'ont pas su dépasser leurs divergences pour créer un ensemble arabe depuis au moins un demi-siècle (l'équivalent du temps que l'Europe a mis pour se construire). Quant au Maghreb, sous-ensemble non structuré, chacun des trois principaux pays faisant cavalier seul pour s'allier à l'Europe. La Ligue arabe ? (pourquoi Ligue ?). Pour la rue arabe, elle végète et s'est montrée comme son aînée (l'ONU) inapte à régler des contentieux intervenus entre pays frères.

Qu'attendre alors de l'UPM ? Nous n'en sommes ni les concepteurs ni même les co-concepteurs. Et comme chat échaudé craint l'eau froide, que l'on se remémore les accords Sykes-Picot qui ont trahi l'espoir des Arabes (1) autant que la déclaration de Balfour (2). Rappelons-nous que les pays d'Europe occidentale - dont la France - ont été des puissances coloniales. Le cas algérien est des plus emblématiques de la politique coloniale menée à feu et à sang de nombreuses décennies. Il suffit de relever qu'à ce jour, ces pays n'ont pas voulu reconnaître leur responsabilité dans le fait colonial des plus barbares, étalant arguties et fausses promesses. Or, le Canada et l'Australie n'ont pas manqué de présenter sans ambages leurs excuses aux aborigènes dépossédés de leurs ressources et de leur culture. Restent les Amérindiens aux USA, dont on peut espérer qu'après novembre 2008, Obama Hussein Barack acceptera de présenter ses excuses au même titre que pour les Noirs américains qui ont autant souffert (selon les journaux, il aurait par ailleurs déclaré que « Jérusalem restera la capitale d'Israël »)... Et ces pays se doivent de réparer leurs méfaits par une juste et équitable indemnisation. Gageons et espérons que la mentalité et la volonté anglo-saxonne, gagnées par le pragmatisme et l'humilité, pourront y parvenir.

Qu'attendre alors de l'UPM ? D'aucuns nous préviennent qu'elle ne serait ni plus ni moins qu'une politique au service d'Israël. Il est vrai que la France ne cache pas son soutien inconditionnel à celui-ci (au même moment où le Premier ministre de France était en Algérie, son Président s'apprêtait à rendre visite à Israël, où l'on nous apprend qu'il aurait déclaré: « Israël n'est pas seul » (3). Le Maroc et la Tunisie ayant sans doute des canaux officieux pour communiquer avec l'Etat hébreu, l'Algérie demeure en toute vraisemblance la dot qui manque à ce dernier, dès lors que l'Egypte et la Jordanie sont déjà dans son escarcelle et que les deux Etats, frères ennemis de toujours depuis les Omeyyades et les Abbassides, ne sont plus dangereux pour sa « sécurité », l'Irak réduit presque à néant et la Syrie révélant au grand jour ses pourparlers avec son ennemi extérieur irréductible d'hier à propos du Golan notamment. Quant à la Palestine et aux Palestiniens, ils sont plus que jamais livrés à eux-mêmes.

Qu'attendre alors de l'UPM ? La France ne ménage pas ses efforts pour écarter la Turquie actuelle de l'Europe. C'est quasiment le seul Etat qui s'y oppose avec une farouche volonté, beaucoup plus même que l'Allemagne qui accueille sur son sol des ressortissants de ce pays, ayant opté pourtant pour la laïcité dès 1924 sous la férule d'un certain Atatürk, il est vrai (principe cher à la patrie des droits de l'homme qui a cru nous convaincre que trois frêles jeunes lycéennes en foulard baptisées pour l'occasion d'« islamiques » pouvait réduire à l'Islam la République et ses valeurs construites au prix d'une révolution, de guerres civiles, d'empires et de républiques successives...). Pour rappel, nombre de partis européens ne se privent pas de se réclamer de principes à base de religion...

Qu'attendre alors de l'UPM ? Sachant la répression des émigrés-immigrés à travers non seulement des directives de l'Union européenne (qui constitue un projet sérieux presque achevé), dont la plus récente «Directive Retour» qui prévoit notamment une rétention allant jusqu'à 18 mois et l'interdiction de retourner sur le territoire européen pendant cinq ans (4), mais également à l'intérieur même de la France, dont l'impulsion à l'Accord Schengen a conduit certains pays à adopter la politique ruineuse des visas (Espagne, Italie...) et des fameuses reconduites à la frontière devenues un sujet presque banal en France, à travers une culture contestable du résultat qui fait tant défaut par ailleurs (l'Allemagne par exemple a, semble-t-il, un taux de croissance de 6% par an, la France peine à atteindre 2%...). Inutile de rappeler la déception des Algériens qui, après s'être battus pour la France lors de la Première Guerre mondiale notamment, se virent tout simplement massacrés dès lors qu'ils réclamèrent leur indépendance, le 8 Mai 1945...

Comment, dans ces conditions, délaisser l'espace du Maghreb qui tarde à se mettre en place et adhérer - même avec réserve - à un projet chimérique (nébuleux pour certains) et dont les tenants et aboutissants ne sont connus que de ses initiateurs. Nos gouvernants, qui ont une vision verticale des relations internationales - regarder toujours vers l'Europe, suivis en cela hélas par nos harraga - se doivent d'adopter une vision horizontale. Et l'Algérie doit d'abord tourner son regard vers sa droite et sa gauche, nos proches voisins et néanmoins frères, qui ont réussi, sans hydrocarbures, à se doter d'une agriculture leur assurant une sécurité alimentaire (ils n'importent en moyenne que 15% de leur consommation, là où nous couvrons à peine nos besoins alimentaires à 30-40%). A méditer urgemment au moment où les caisses de l'Etat sont pleines (question à un dinar: à quoi bon nos avoirs en bons du Trésor américain ? Economistes de tous les pays, éclairez-moi !). Je dis « nos avoirs », y ai-je droit au moment où j'apprends incidemment qu'avec la recette de pétrole d'une seule journée, il serait possible de doter chaque foyer algérien d'un ordinateur...

* Auteur, avocat algérien


Notes

1/ Accord secret signé le 16 mai 1916 entre la France et la Grande-Bretagne, prévoyant le partage d'une partie de l'Empire ottoman entre les deux puissances, à la fin de la guerre... Cependant, arrivés au pouvoir lors de la révolution d'Octobre 1917, les Bolcheviques, hostiles à toute idée d'annexion et de partage de l'Empire ottoman, rendent public cet accord tenu secret jusqu'alors, ce qui suscite une violente indignation — en particulier dans le monde arabe. En effet, afin d'obtenir leur entrée en guerre contre les Ottomans, les Anglais ont promis aux Hachémites la création d'un vaste Etat arabe indépendant, comprenant les territoires que les Alliés entendaient se partager par l'accord Sykes-Picot. (Source: Encyclopédie Microsoft Encarta).

2/ Déclaration du ministre des Affaires étrangères britannique Arthur James Balfour, proclamée le 2 novembre 1917, en faveur de l'établissement d'un foyer national juif en Palestine après la guerre. Il s'agissait au départ d'une lettre envoyée par Balfour en mars 1916, donc avant l'entrée en guerre des Etats-Unis (avril 1917), à Edmond James Rothschild, un éminent partisan du sionisme... Les Britanniques considéraient la Palestine comme une étape stratégique sur les routes terrestres et maritimes vers l'Inde, et surtout comme le point d'arrivée sur la Méditerranée des pipelines provenant des régions riches en pétrole du Proche-Orient. La constitution d'un Etat sioniste sous protectorat britannique aurait permis au Royaume-Uni d'avoir la maîtrise de cette importante région. A la suite de l'accroissement de la population juive en Palestine, des heurts entre communautés juives et arabes éclatèrent dès 1921. Une révolte générale des Arabes contre les Juifs eut lieu en 1936. La déclaration Balfour est à l'origine de la création de l'Etat d'Israël, en 1948. (Source: Encyclopédie Microsoft Encarta).

3/ Le Monde daté du 24 juin 2008.

4/ L'actualité nous fournit à cet égard un nouvel exemple d'inquiétude: en France, le Centre de rétention administrative de Vincennes (Val-de-Marne), le plus grand de France, a été ravagé par les flammes ce dimanche 22 juin.


 

Date de création : 14/02/2010 @ 18:36
Dernière modification : 21/01/2014 @ 08:45
Catégorie : Articles à caractère international
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